Anonyme [1649], RELATION VERITABLE De la mort barbare & cruelle du Roy d’Angleterre. Arriuée à Londres le huictiesme Fevrier mil six cens quarente-neuf. , françaisRéférence RIM : M0_3241. Cote locale : C_9_33.
Section précédent(e)

RELATION
VERITABLE
De la mort barbare & cruelle du
Roy d’Angleterre.

Arriuée à Londres le huictiesme Fevrier
mil six cens quarente-neuf.

A PARIS,
Chez FRANÇOIS PREVVERAY, grande
ruë de la Bretonnerie, proche la prote
Saint Iacques.

M. DC. XLIX.

-- 2 --

-- 3 --

RELATION VERITABLE
de la mort barbare & cruelle du
Roy d’Angleterre.

Lors que le Parlement se fust rendu victorieux
de toutes les armées du Roy
d’Angleterre, ce Prince se trauestit & se
retira vers les Escossois, qui au lieu de le
secourir, le vendirent pour deux cent mille Iacobus
aux Anglois. Cependant le Parlement commande à
Fairfax leur General, & à Crommwel son Lieutenant
de desarmer, à quoy ils ne voulurent pas obeïr,
mais se saisissant de la persõne du Roy qu’ils auoient
en leur garde, firent esperer à vn chacun de le restablir,
& donnerent liberté de conscience à toutes sortes
de Sectes, & mesme aux Catholiques, pour fortifier
leur party. En suitte ils font aduancer leurs
troupes vers Londres dont ils se rendent maistres,
bannissent & emprisonnent plusieurs testes du Parlement,
qui professoient la religion de Geneue, &
remplit leurs places de gens choisis à sa poste, sans
foy & sans conscience. Il fait tousiours semblant de
vouloir restablir le Roy, mais luy fait entendre qu’il
faut premierement destruire le party Caluiniste ; Et
que pour le mettre hors de danger luy & les siens
(parce que le Roy estant vne fois restably ils seroient

-- 4 --

sujets aux Loix) il falloit qu’il aduoüast estre coupable
de tout le sang qui auoit esté respandu, & l’autheur
de la guerre passée. Le Roy qui ne penetroit
pas dans leur malice, ou bien qui estoit en vn estat
de ne rien refuser, luy signe cét adueu. Les Escossois
voyant leur party destruit, arment pour le remettre,
sous pretexte de venger le Roy, dont Fairfax s’estoit
saisi, & que les Anglois ne restablissoient pas, cõme
ils leur auoient promis ; Ils sont des faits par Fairfax,
auec plusieurs autres partis qui se formerent contre
luy en Angleterre. Ces expeditions acheuées, il marche
vers Londres, emprisonne deux cens testes du
Parlement, qu’il accuse d’auoir trempé dans la conspiration
d’Escosse, & bien loing de restablir le Roy,
il le fait conduire à Londres, pour luy donner la
mort par vne pure cruauté & barbarie, puis que le
Roy a plusieurs enfans, & que par sa mort, ils ont
perdu vn bon prisonnier, attiré sur eux la haine de
Dieu & des hommes, & auec tout cela ne se sont
point deffaits de leur Roy, puisque le Prince de Galles
l’est deuenu par la mort de son Pere, & qu’il est
en estat de se venger d’eux, sans crainte que le Roy
son Pere en soit mal traitté. Mais venons à la description
de cette action barbare, dont nous n’auons
point d’exemple dans l’antiquité, & que les siecles à
venir auront peine de croire.

 

Il y eust Samedy quinze jours, le sixiesme de
Fevrier, qu’ils menerent le Roy deuant vn Iuge subalterne,
qui s’appelle Kingsbinch, qui luy demanda
d’abord, s’il n’estoit pas coupable de tout le sang qui

-- 5 --

auoit esté respandu depuis sept à huict ans en Angleterre,
comme autheur de leur guerre (vous vous
souuiendrez que i’ay marqué auparauant, que Fairfax
luy fit signer cét adueu, dans l’esperance qu’il
luy donnoit de le restablir.) Le Roy demande au
Iuge, qu’elle authorité il auoit de l’interroger ; &
dit quil croyoit ne deuoir rendre compte de ses
actions qu’à Dieu seul. Le Iuge luy repliqua qu’il
n’estoit pas en des termes de parler de la sorte, &
que cela ne le sauueroit pas. Le Roy demanda en
suite de parler au Parlement ; ce qui luy fut refusé.
Le Iuge l’ayant pressé derechef de respondre à l’accusation,
le Roy en qui la longueur d’vne prison
n’auoit pas osté ny le cœur Royal, ny la Majesté, luy
respondit qu’il estoit dés long-temps resolu à la
mort, & que toutes ces formalitez n’y estoient pas
necessaires, & se railla encore de son authorité & de
son insolence, surquoy le Iuge donna la Sentence
de mort, en ces termes, Charles Stwart cy-deuant Roy
d’Angleterre est condamné à la mort, pour auoir esté autheur de
nostre guerre, & coupable du sang qui a esté respandu. Le Roy
fut remené dans sa prison, où il demanda à voir deux
de ses enfans, qui sont à Londres, le Duc de Gloucester,
& la Princesse Elizabeth ; ce qui luy fut accordé,
& luy laisserent le Dimanche & le Lundy, pour
sauourer à longs traits toute l’horreur & l’amertume
de la mort. Mais ce bon Prince y estoit disposé
de longue main, & les incommoditez de la prison la
luy auoient rendu sans doute tres-agreable, on luy
accorda aussi de voir l’Euesque de Londres, personnage
de doctrine & de probité dans sa Religion, il

-- 6 --

vit encore ses deux enfans le Dimanche & le Lundy,
qui estoient le plus grand sujet de sa douleur. Le
Mardy 9. de Feurier iour destiné à ce meurtre execrable,
l’on dressa vn eschaffaut deuant le Palais du Roy,
où l’on attacha quatre gros anneaux de fer ou de
cuiure, l’eschaffaut fut couuert d’vn drap noir ; &
le matin on enuoya au Roy vn habit de satin noir, &
vne robe de Chambre de mesme estoffe.

 

I’auois oublié à vous dire que les Ambassadeurs
des Princes Estrangers, espouuantez de cette nouuelle,
furent tous demander audiance au Parlement,
pour tascher de détourner ce detestable attentat,
mais elle leur fut refusée, & nostre Ambassadeur sur
tout fit tous ses efforts pour leur parler, mais il ne
luy fut iamais possible. Ces Messieurs firent dire aux
Ambassadeurs qu’ils les prioient de les excuser, pour
vn iour ou deux, & qu’ils auoient des affaires de
grande importance à demesler.

La plume me tombe des mains, & il semble que
ie ne sçaurois venir à la Catastrophe de cette sanglante
tragedie, tant l’horreur me saisit & me possede.
Le Roy, le meilleur Roy du monde, est traisné
comme vn agneau à la boucherie, & liuré à ces ames
barbares pour assouuir leur rage & leur fureur ; on
le meine de sa prison, à la place destinée pour cét acte
execrable, il y marche sans contrainte, & la mort ne
sçauroit effacer de son visage sacré, l’Image viuante
de Dieu, pour y marquer la sienne. Estant arriué à
l’eschaffaut, il demanda à parler au Parlement, disant
qu’il auoit quelque secret de consequence à leur
reueler, mais cela luy fut refusé, & on luy ordonna

-- 7 --

de monter sur l’eschaffaut, où il parut d’abord
trois bourreaux masquez. Vous sçaurez que les
bourreaux ordinaires, quoy qu’accoustumez au carnage,
eurent horreur de faire vne execution si espouuantable,
& s’enfuirent ; & l’on tient que Fairfax,
Crommwell & le Milord Say, (soit qu’ils se
défiassent de toute autre personne, ou qu’ils voulussent
eux-mesmes auoir ce detestable contentement,
de tremper leurs mains sacrileges dans ce
sang Royal, ils se trauestirent & se masquerent pour
seruir de bourreaux. Le Roy estoit tousiours accompagné
de l’Euesque de Londres qui n’estoit pas en
habit décent, mais comme vn Seculier. L’on voulut
attacher le Roy à ces anneaux de fer, mais il dit
qu’il n’en estoit pas besoin, qu’il mourroit sans peine
& sans resistance. Toute la place estoit pleine des
soldats de Fairfax & de Crommwell, & les fenestres
des enuirons toutes remplies de monde, cõme aussi
des eschaffauts qu’on auoit dressez tout à l’entour.
Le Roy voulant entamer vn discours aux assistans,
les bourreaux l’en empescherent & luy dirent qu’il
se disposast promptement au coup de la mort. Il se
contenta de leur dire, Tenez traistres & rebelles, assouuissez-vous
de mon sang, & contraignez le Ciel par ce dernier
crime à vous punir de tous les autres. Ils luy voulurent
couper les cheueux, mais il tira vne coëffe de nuict,
qu’il auoit mise exprés dans sa pochette, tant il
s’estoit apriuoisé auec la mort, & retroussa ses cheueux
dessous, puis apres auoir fait ses prieres & parlé
quelque temps à l’Euesque de Londres, il s’agenoüilla,
& mit le col sur vn billot haut de demy pied, &

-- 8 --

l’vn de ses bourreaux, laissa tomber vne hache bien
affilée, qui entra iusques dans le bois. Ce coup execrable
ne fut pas si-tost donné, que les soldats mirent
l’espée à la main & crierent Liberté, liberté, l’vn
des bourreaux, fichant la teste de cét infortuné Prince
au bout d’vne pertuisane, la monstra à ces infames
& barbares spectateurs, en criant voila la teste du
traistre, aussi tost les bourreaux disparurent, & le
lasche Peuple de Londres, qui ne l’a osé deliurer durant
sa vie, donne des larmes & des regrets inutiles à
son espouuentable mort.

 

Fairfax fit publier le lendemain par toute l’Angleterre
que ce n’estoit plus vn Royaume mais vne
Republique.

Ne fremissez vous pas Chrestiens, à la veuë de ce
sanglant spectacle ; Et vous Princes, Monarques,
Potentats, qui auez souffert la prison de ce Prince,
si honteuse à vos dignitez independantes, ne ferez
vous pas vne paix generale, pour venger la mort de
ce Roy, vous y estes obligez par honneur & par interest,
& serez contables deuant Dieu, d’vne partie
de ce crime, pour ne l’auoir pas détourné, si vous
n’en tesmoignez des ressentimens de colere & de
vengeance. Et toy Occean qui enuironne cét Isle
malheureuse, que ne vomis-tu les eaux de tes abysmes
pour la submerger : Dieu, laschez luy la bride,
& rompez les limites que vous luy auez prescrites
de ce costé-là : Et que tous les Elemens conspirent
à la destruction de ces barbares, si les hommes
& les Princes n’y veulent pas trauailler.

Section précédent(e)


Anonyme [1649], RELATION VERITABLE De la mort barbare & cruelle du Roy d’Angleterre. Arriuée à Londres le huictiesme Fevrier mil six cens quarente-neuf. , françaisRéférence RIM : M0_3241. Cote locale : C_9_33.