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Mazarinade n° B_9_23

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Anonyme [1652], LA CENSVRE ET L’ANTIDOTE DE QVELQVES MAXIMES tres-pernicieuses, contenuës dans vn libelle qui a pour titre, Le recit du duel déplorable entre Messieurs les Ducs de Beaufort, & de Nemours. Addressé à la Noblesse Raisonnable & Chrestienne. , français, latinRéférence RIM : M0_672. Cote locale : B_9_23.


bruslez auec les demons, quel pauure consolation & quel rafraichissement
pour eux dans cet abisme & cette éternité de
tourmens.
 
Bref, quant à la quatriéme maxime, à sçauoir qu’il n’y a
que les genereux qui puissent entreprendre le duel ; il suffit
de faire reflexion sur ce qui a esté dit, & d’adjouster que ce
combat est vne des plus grandes laschetez qui puisse tomber
dans l’esprit, puis qu’il rend vn homme inferieur aux bestes,
qui n’exercent leur cruauté, ou qui n’vsent de leur force qu’auec
vn ordre prescrit de la nature, où toutesfois les personnes
qui sont preoccupées de cette passion, franchissent toutes
sortes de limites de l’ordre naturel, & du surnaturel : Or le
duel est contre la raison, tendant à vne fin mauuaise & déraisonnable,
comme est la vengeance, la vanité, l’enuie, l’assouuissement
de quelque passion, &c. & aussi en ce qu’il ne rend
pas seulement vn homme ennemy de ses ennemis, mais encore
ennemy de tous ses amis, par cette maudite coustume d’associer
des seconds à ces combats, & en ce qu’il rend les Nobles
de pire condition que tous les autres sujets de l’Estat, d’autant
que pas vn de ceux qui sont esclaues de ces loix, ne se peut
asseurer d’vn moment de vie, outre l’incertitude commune
qui concerne tous les hommes : Car s’il prend vn caprice à vn
éceruelé de les appeller sur le pré, ou à quelqu’autre estourdy
de les demander pour seconds, il faut suiuant ces belles
maximes, qu’ils s’aillent égorger de sang froid, foulans aux
pieds toutes sortes de loix ; & se lançans volontairement dans
le peril d’vne damnation eternelle : ô quelle generosité ! Enfin
ce combat est aussi contre la raison & contre la iustice, en
ce qu’il met l’offençant, qui est digne de punition, en égalité
auec la personne offencée ; de sorte qu’vn homme pour la reparation
d’vn petit mespris, va encore chercher sa mort, &
deuient homicide de soy mesme, & par vn mauuais succés
parricide de sa famille, laissant vne femme & des enfans destituez
d’appuy, molestez de creanciers, la proye de l’oppression,
& la victime de mille desastres.