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Mazarinade n° B_13_32

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Anonyme [1652], LE GOVVERNEMENT DE L’ESTAT PRESENT, Où l’on void les fourbes & tromperies de Mazarin. , françaisRéférence RIM : M0_1502. Cote locale : B_13_32.



Tient la Fortune enchaisnée,
Son esprit fait mounoit les cieux,
Braue les Rois & les Dieux.
Crains tu de n’auoir point de poudre
Ce Iupiter porte le foudre ?
Crains tu de manquer de canons,
Il est trop au dessus des noms,
Au dessus des titres vulgaires,
Au dessus des loix ordinaires,
Pour employer dans les combats,
Autre tonnere que son bras ?
Ses moins foibles rodomontades,
Sont bien plus que des canonades,
Dans ses plus foibles visions,
Il terrasse dix legions.
En parlant auec ses esclaues,
Il fait déja peur aux plus braues,
Auec ses seules vanitez,
Il reprend déja des citez.
Et dans sa plus froide arrogance,
Conçoit vne riche esperance,
Il plaint quasi ces estrangers,
De s’estre mis dans les dangers,
Où se sont mis Valence, & Dole,
Par leur temerité friuolle.
Ce sage se rit de ces fous,
Et les croit voir à deux genou[illisible]x
Excuser leur outrecuidance,
D’auoir irrité sa prudence,
D’auoir mesprisé Mazarin,
Dont le renom ne vaut plus rien,
D’auoir d’vne atteinte mortelle,
Esbranlé sa pauure ceruelle,
D’auoir resueillé ses humeurs,
Qui l’ont agité de fureurs.
D’auoir terny toute sa gloire,
D’auoir esmeu sa bille noire,
D’auoir rendu son poil plus blanc,
D’auoit trop eschauffé son sang.
Et d’auoir reduit son derriere,
A sa disgrace constumiere,
Il croist se voyant à cheual,
Voir Alexandre & Bucœphal.
Il croit par sa seule prudence,
Le renom de son insolence,
Le son de ses trente mulets,
Le grand nombre de ses valets.
Les destours de sa politique,
Les secrets de son art comique,
Le vert esclate de ses lauriers,
Le bruit de ses actes guerriers.
Le feu de son male courage,
Et les rayons de son visage,
Glaceront les timides cœurs,
De ses fiers & cruels vainqueurs.
Il croit déja piller Bruxelles,
Et par des vengeances cruelles.
Traitter comme on fit Louvain.
Apres la Bataille d’Avain.
Pour faire de si beaux miracles.
Il consulte de grands Oracles
Le Moyne, Lyonne, Tellier,
Le jeune & le grand Bouthillier.
Voila les Conseillers supremes,
Qu’il consulte au perils extremes :
Le Moyne imite S. François,
Il protege les Suedois.
Il a le zele Seraphique,
Il trauaille pour sa boutique,
Il est percé du diuin traict,
Mais non encor tout à fait.
Car il porte bien les stigmates,
Mais non les marques d’escarlates,
Son Capuchon Pyramidal,
Ne luy plaist qu’estant à cheual.
Sur la beste luxurieuse,